Progresser en tactique

Je ne saurais assez insister sur l'importance de travailler la tactique pour progresser.

La tactique est en effet l'élément qui permet de couronner un bon jeu stratégique, en effectuant la combinaison qui achève de détruire la position ennemie. Avoir un bon jeu tactique permet d'éviter de perdre la moitié de ses parties sur des gaffes parce que l'on a pas vu une combinaison. Cela permet aussi de sauver un certain nombre de parties mal commencées.

J'ajouterais que travailler la tactique porte en général rapidement ses fruits. A contrario, quand on travaille les ouvertures, il arrive de régresser de manière temporaire parce que l'on a changé d'ouverture et que l'on doit s'adapter à la nouvelle. De même quand on étudie la stratégie, il y a parfois une durée longue entre le moment de l'étude et de son assimilation. Rien de tout ça avec la tactique : chaque combinaison que vous résoudrez sera une petite pierre en plus dans votre édifice échiquéen.

Progresser en tactique est en soi relativement simple : il s'agit de s'exercer à résoudre le plus de combinaisons possibles, mais je pense qu'on peut un peu raffiner l'entraînement. Je vous présenterai ici successivement : les différentes qualités qui composent le jeu tactique, une série de méthodes de travail et quelles qualités elles permettent de développer, des conseils de choix de livres, et des conseils dans sa façon de travailler.

Les différentes composantes du calcul

entrainement physique

En première approximation, le calcul semble être quelque chose d'uniquement bourrin il s'agit juste de calculer toutes les possibilités non ? Et bien non, le calcul d'un être humain ne repose pas sur l'examen de toutes les possibilités, il repose sur l'examen de certains coups candidats et des différentes possibilités qui en résultent. Il s'ensuit qu'on peut catégoriser certaines capacités liées au calcul :

La vision large et rapide
Il s'agit de voir rapidement les différentes menaces qui pèsent sur les deux camps, et de repérer rapidement les différentes possibilités de combinaisons. Un bon niveau dans ce domaine requiert la connaissance et l'assimilation de nombreux schémas tactiques et un entraînement à les repérer rapidement en faisant de très nombreux exercices.
La vision profonde
Il s'agit de la capacité à calculer loin dans les variantes tout en gardant une bonne vision mentale de l'échiquier pour ne pas faire d'erreurs, par exemple en pensant qu'au bout d'une variante un cavalier se trouve en c4 alors qu'il en est parti au 3ème coup de la variante.
L'imagination
Comme je l'ai dit, un être humain ne peut pas envisager tous les coups, même dans des positions simples mais seulement certains coups candidats. L'imagination joue un grand rôle dans l'établissement de la liste de ces coups. En effet si certains coups viennent tout de suite à l'esprit comme défendre une pièce qui est attaquée, avancer un pion, d'autres sont beaucoup moins intuitifs, comme les coups intermédiaires, les sacrifices, ou encore les coups calmes dans des positions où il y a le feu. Souvent l'idée de tels coups vient du fait que l'on reconnaisse un schéma que l'on a déjà vu dans sa vie, d'où l'intérêt de résoudre un grand nombre de combinaisons. Dans d'autres cas, il faut "inventer" le coup de toute pièce, et un entraînement régulier à la recherche d'idées originales facilite leur découverte en partie.
La vision honnête et précise
Il s'agit de ne pas sous-estimer les possibilités de défense de l'adversaire ce qui est la source d'une certain nombre de fausses combinaisons. Bien souvent, ces ressources sont difficiles à voir au début de la combinaison, mais, une fois que la position est sur l'échiquier, si l'adversaire sent que sa position est compliquée et qu'il a intérêt à "sortir le grand jeu" pour s'en sortir, il aura des chances de trouver la parade alors qu'il n'avait pas même imaginé votre combinaison quelques coups plus tôt. C'est souvent ainsi que l'on perd tactiquement contre des joueurs qui sont pourtant moins bons en tactique, mais qui ont le bol... que vous n'ayez pas assez vérifié votre combinaison.
Le courage de la combinaison
Il s'agit de nuancer ce que je viens de dire : vérifier les possibilités de son adversaire ne signifie pas voir des fantômes partout. Il ne faut pas négliger les ressorts psychologiques de la combinaison. Il existe des combinaisons où on force l'adversaire à choisir entre un petit nombre de coups (par exemple on le met échecs et il est obligé de le parer, ou on attaque une pièce avec un pion et il est obligé de la retirer). Dans ce genre de combinaison, on peut raisonner par disjonction de cas, c'est à dire envisager toutes les réponses possibles de l'adversaire et il n'est pas trop dur de s'assurer que la combinaison marche. Il existe d'autres combinaisons où on se contente d'exercer une menace et où on doit se convaincre que l'adversaire n'a aucun moyen de la parer alors qu'on ne peut matériellement envisager tous ses coups (typique : le mat imparable). Cela demande alors une certaine confiance en soi pour oser malgré tout jouer la combinaison.

Différentes méthodes de travail

Voici une liste non-exhaustive de façons de s'entraîner à la tactique et les capacités qu'elles permettent de développer principalement.

Le travail en vitesse
Il consiste à s'entraîner avec des exercices simples que l'on cherche à résoudre rapidement et en grand nombre. Outre le développement de la rapidité de calcul, cela permet d'être confronté à un grand nombre de schémas, ce qui améliore notre imagination combinatoire.
Le travail en difficulté
C'est exactement l'inverse : on choisit des exercices difficiles que l'on s'efforce de résoudre précisément. Cela développe d'une part la profondeur de calcul, et cela entraîne souvent à chercher le meilleur coup de l'adversaire. Enfin trouver des exercices durs permet de renforcer la confiance en son calcul.
Les études et les problèmes
Les études et les problèmes sont des exercices composés, intéressants pour le ou les idées originales qu'ils mettent en jeu. S'ils ne sont pas très réalistes et quasiment impossibles à retrouver tels quels en partie, les motifs qu'ils présentent de manière très épurée peuvent être, eux, généralisables. Chercher ces idées originales développera à coup sûr votre créativité tactique. Enfin certaines études reposent essentiellement sur une ressource défensive de l'adversaire que l'on doit trouver avant de la surmonter. Cela impose de toujours chercher la meilleure défense de son adversaire.
Voyons tout de suite un exemple d'étude pour montrer leur intérêt :

Solution
Dans cette étude, le nombre de thèmes présents est impressionant : le thème de la tour qui n'arrive pas à arrêter un pion qui revient souvent en finales, ensuite la défense noire avec le thème du coup intermédiaire, du clouage et de l'enfilade, le parcours du Roi blanc, le thème du pat qui est rare en pratique mais entraîne à toujours chercher la meilleure défense de l'adversaire, le thème de la sous-promotion qui est rare aussi mais développe l'imagination, et enfin le réseau de mat avec le double mat du couloir qui lui pourrait très bien arriver en partie réelle. Le tout avec seulement 4 pièces sur l'échiquier !
Si les études sont très intéressantes pour progresser en tactique, elles n'en demeurent pas moins difficiles et peu accessibles aux débutants.
Le jeu à l'aveugle
On n'y pense pas assez, mais le jeu à l'aveugle est une excellente manière de travailler sa profondeur (sa puissance) de calcul. Bien sûr comme pour les études, il n'est pas accessible aux débutants puisqu'il faut pouvoir jouer à l'aveugle.

Où trouver des diagrammes d'exercice ?

Il n'est pas difficile de trouver des exercices tactiques, et ils sont tous bons à prendre.

On peut trouver des diagrammes d'exercice assez facilement sur internet, notamment sur ce site, on peut même trouver des applications qui proposent des exercices tactiques, mais je pense quand même que pour plusieurs raisons, il est intéressant d'acheter des recueils d'exercices sous forme de livres de tactique.

livre de tactique

En effet, je pense que la qualité de la concentration est meilleure sur le support papier que sur un écran (oui, je suis un webmestre vieux jeu), je pense aussi qu'un livre est plus pratique. De plus, dans les livres, les exercices sont regroupés de manière plus pédagogique, soit par niveau soit par thème, ce qui est bon pour s'entraîner. Enfin, la plupart des exercices d'internet sont tout droit pompés d'un livre, et je pense que c'est bien de remercier les auteurs pour leur travail de compilation en achetant leurs livres.

Pour ce qui est du choix du livre de tactique, ils se présentent tous en gros de la même manière : un série de plusieurs centaines d'exercices avec des corrections. S'il n'y a pas de bons ou de mauvais livres de tactique, il y a quand même quelques caractéristique qui les distinguent et qui vous permettent de les choisir.

Le niveau des exercices et leur étendu
Le niveau du livre que vous achetez doit dépendre à la fois de votre niveau et du travail que vous voulez réaliser (en vitesse ou en profondeur). Il ne faut pas qu'il soit vraiment trop facile auquel cas il ne vous apportera rien, ni trop dur ce qui le rendrait parfaitement démotivant. La meilleure façon de connaître le niveau du livre est d'essayer quelques exercices avant de l'acheter.
Le nombre d'exercices
Cela semble évident. Toutes choses égales par ailleurs, plus il y a d'exercices, mieux c'est.
Le travail pédagogique
Certains ouvrages sont juste un recueil brut d'exercices vaguement triés par niveau, d'autres au contraire sont triés par thèmes ce qui est bien pour travailler de manière structurée chaque thème individuellement. Il y a parfois un énoncé sous l'exercice (comme les noirs matent en 3 coups), et parfois une mise en perspective plus aboutie pour vous aider à travailler votre réflexion. Enfin les solutions peuvent être données de façon brute, où de manière plus détaillée avec des explications. Je pense que travailler avec les deux sortes de livres est important. L'intérêt de travailler avec les livres "bruts de fonderie", c'est que quand vous faites face à l'échiquier en partie réelle, vous ne savez pas a priori qu'il y a une combinaison, et encore moins son thème et son énoncé, il est donc important de s'entraîner en se mettant dans des conditions similaires.
La langue
Ce critère n'est vraiment pas très important pour les livres de tactique tant il est facile de les comprendre même si on a un très faible niveau dans la langue de l'auteur.

Pour finir, je vous ai fait un tableau comparatif pour chaque critère des livres de tactique avec lesquelles j'ai travaillé. Cette liste n'est pas exhaustive, vous trouverez surement des livres de tactiques que je ne connais pas. Le niveau moyen des exercices est donné sur l'échelle elo à titre purement indicatif.

Titre, AuteurNombre d'exercicesTravail pédagogiqueNiveau moyen
Chess school -
Manual of Chess Combinations 1a
, IVASHCHENKO
~1000Absent, il s'agit d'un recueil brut1200
Chess school -
Manual of Chess Combinations 1b
, IVASHCHENKO
~2000""1500
Chess school -
Manual of Chess Combinations 2
, IVASHCHENKO
~1000""1900
Chess school -
Manual of Chess Combinations 3
, IVASHCHENKO
~2000""2200
Test Your Chess IQ : First Challenge, LIVSHITZ~450 Bon : les exercices sont regroupés par thèmes de manière assez intéressante, et à chaque exercice est attribué un temps approximatif de résolution, par contre l'évaluation du classement est comme d'habitude pipô.1600
Test Your Chess IQ : Master Challenge, LIVSHITZ~450 ""1900
Test Your Chess IQ : Grand Master Challenge, LIVSHITZ~450 ""2200
L'art de la combinaison, BOUTON600 Intéressant : les exercices sont regroupés par thèmes qui sont bien expliqués et eux-mêmes regroupés en 6 chapitres de manière assez cohérente. La diversité de la difficulté le rend utile pour tout type de joueurs. Si vous êtes plutot faible, vous pouvez d'abord résoudre tous les une étoile, puis tous les deux étoiles, puis tous les trois étoiles.3 différents : 1300, 1600, 1900
100 exercices pour progresser aux échecs, GIFFARD, ELBILIA100 Excellent, les exercices sont tous bien mis en perspective pour vous mettre en situation et faire progresser votre réflexion. D'ailleurs ce livre n'est pas qu'un livre de tactique. Par contre il y a vraiment peu de matière.
100 exercices nouveaux pour progresser aux échecs, GIFFARD, ELBILIA100 ""
100 exercices pour vous préparer aux tournois, GIFFARD, ELBILIA100 ""
Comment battre papa aux échecs, CHANDLER250 La façon dont le livre est présenté et le choix des thèmes sontt assez originaux et rendent le livre instructif, par contre la matière est faible et le niveau des exercices aussi. Le titre est purement commercial.1500

Vous pouvez commander ces livres en ligne ou les commander/acheter dans les boutiques Variantes et le Damier de l'Opéra.

Comment travailler les diagrammes ?

Pour valoriser au maximum la résolution des exercices, il faut s'astreindre à une certaine discipline. D'abord, il faut avoir le courage de passer du temps devant un exercice, même s'il est difficile, c'est ainsi que vous progresserez. De plus, quelque soit le niveau de difficulté, il faut prendre l'habitude de toujours confronter sa solution avec celle du livre. Si la solution est différente, il faut vérifier sa combinaison en se posant les questions suivantes :

Enfin, il faut vraiment se forcer à chercher les meilleurs coups de défense. Si en regardant la solution vous vous appercevez que vous n'avez pas envisagé un moyen de défense, il faut que vous considériez que vous n'avez pas réussi à résoudre l'exercice.

Malgré cela, il est important de faire de la résolution d'exercice un moment ludique. "Travailler les échecs", à moins que vous ne vouliez devenir joueur professionel, cela n'a pas de sens. Il ne s'agit pas de se mettre sur une table vide avec feuille et stylo et de passer une heure par jour à résoudre des combinaisons.

Il faut savoir être attentif à la beauté de certaines combinaisons. Ensuite, résoudre des exercices est un travail mental sein qui vous apporte une certaine fierté quand vous les avez réussis. Personnellement, je fais souvent des exercices le matin au réveil, pour réveiller mon cerveau, dans les transports, ça me donne l'impression de ne pas trop perdre mon temps, pendant le café à midi, et le soir avant de m'endormir.

Libre à vous de trouver d'autres occasions, comme au bureau ou au volant de votre voiture.