Choisir ses ouvertures

Si vous voulez avoir de bons résultats en tournoi, vous ne pourrez pas éternellement jouer le début de partie à l'instinct alors que votre adversaire lui connait ses premiers coups et les idées qui se cachent derrière. Il faudra donc que vous choisissiez les lignes que vous préférez afin de pouvoir les étudier un minimum et surtout de les pratiquer souvent pour gagner en expérience.

Ici je ne vais pas vous parler de l'étude des ouvertures mais juste dles principales question que je me pose personnellement quand je me construis ce qu'on appelle un répertoire d'ouverture.

Les goûts personnels

C'est de loin le critère le plus important pour choisir son ouverture. On doit le mettre bien devant la valeur de l'ouverture. On joue beaucoup mieux dans des positions où on se sent dans son élément et il est donc nécessaire d'avoir des ouvertures qui correspondent à son style de jeu, à son tempérament...

Un point de vue radicalement opposé et pourtant loin d'être absurde voudrait qu'on fasse exprès de choisir quelques ouvertures qui ne nous correspondent pas forcément (ex : ouvertures positionnelles pour un tacticien), justement pour mûrir sa vision du jeu en développant de nouvelles qualités.

Pour savoir quelles sont les ouvertures qui vous plaisent, le mieux est de regarder des parties avec ces ouvertures. Il existe des ouvrages très généraux qui vous permettent cela, notamment Comprendre les ouvertures de Nicolas Giffard et Comment jouer l'ouverture aux échecs de Raymond Keene. Vous pouvez aussi regarder sur internet ou sur la base de donnée à la recherche de coups plus rares ne figurant pas dans ces livres. Une bonne méthode est aussi de parler d'ouverture avec ses amis, certains peuvent vous donner des idées pour votre propre répertoire.

La valeur de l'ouverture

On entend parfois dire que toutes les ouvertures se valent. C'est faux et il y a objectivement une différence de valeur entre les ouvertures. Malgré l'évolution constante de la théorie, certaines ouvertures sont unanimement considérées comme douteuses, voire mauvaises. Néanmoins, il faut relativiser l'importance de cette valeur selon votre niveau. Vous pouvez jouer une ouverture considérée comme inférieure tant que vos adversaires n'ont pas le niveau suffisant pour profiter de l'avantage qu'ils sont susceptibles d'obtenir. Au niveau amateur, l'éventuel effet de surprise, une plus grande habitude de votre part à jouer l'ouverture et une mielleure connaissance et compréhension qui en découlent peuvent largement contrebalancer une légère infériorité théorique de l'ouverture en question. Même les ouvertures "réfutées" sont jouables par les joueurs de club. Par exemple cela m'étonnerais qu'un joueur classé moins de 2000 arrive à obtenir un avantage contre le gambit letton, à moins que, fait improbable, il ait passé du temps à l'étudier.

En progressant, on joue de manière de plus en plus régulière contre des bons joueurs et il faut commencer à avoir des ouvertures qui tiennent la route on ne peut plus se reposer uniquement sur l'hypothèse que l'adversaire connait mal les ouvertures. Vos adversaires sauront de plus en plus valoriser un avantage acquis dans le début.

Un autre facteur à prendre en compte est la préparation. Si vous commencez à avoir un certain niveau (1800-1900) et une certaine expérience des grands tournois, vous aurez vraisemblablement des parties sur la base de donnée. Si avec les noirs vous n'avez sur e4 que des parties où vous jouez le gambit letton, votre adversaire risque de se préparer, d'où l'intérêt d'avoir une ouverture plus solide en magasin, quitte à garder le gambit letton en réserve pour créer de temps en temps la surprise.

La quantité de travail à fournir

C'est un facteur que beaucoup ne prennent pas en compte, pourtant il est indéniable qu'il y a des ouvertures qui demandent plus de connaissances que d'autres pour être bien maîtrisées.

Il y a déjà des lignes qui sont extrémements tactiques qui pour être jouées demandent de savoir les coups précis, alors qu'il suffit de connaître les idées avec les ouvertures plus calmes.

Enfin il y a une différence entre les lignes principales et les lignes secondaires. Les lignes principales ont été extrémement étudiées et jouées et il y a donc beaucoup plus de théories à leur sujet que les lignes secondaires. C'est aussi les lignes que vos adversaires étudieront en priorité, donc pour être aussi bien préparé qu'eux il vous faudra travailler plus. Avec les blancs, cela demande par exemple plus de travail pour bien jouer la sicilienne ouverte que l'alapine sur la sicilienne.

Ainsi si avec les blancs vous jouez 1.e4 puis l'espagnole sur 1...e5, la variante ouverte de la sicilienne, la variante classique sur la française, l'attaque autrichienne sur la pirc... attendez-vous à avoir beaucoup à étudier pour pouvoir rivaliser avec vos adversaires dans la connaissance de l'ouverture, sans compter qu'il faudra aussi se préparer contre les lignes secondaires...

En soi, je n'ai rien contre le fait de jouer les lignes principales, mais je pense qu'il ne faut pas hésiter à inclure dans son répertoire des lignes secondaires qui demandent un investissement moins important.

Le facteur habitude

Ce que j'entends par le facteur habitude c'est le rapport entre le nombre de fois que vous êtes déjà rentré dans une variante et ce même nombre pour votre adversaire. Prenons un exemple : si vous jouez la défense alekhine sur 1.e4 avec les noirs, alors vous jouerez cette défense à chaque fois que votre adversaire vous jouera 1.e4, soit environ une partie sur deux avec les noirs et une partie sur quatre en tout. Votre adversaire, lui, ne rencontrera statistiquement cette ouverture pas plus d'une partie sur dix avec les blancs, soit une partie sur vingt en tout. Le facteur habitude vous est alors favorable.

Si le facteur habitude d'une ligne vous est favorable, alors vous aurez plus d'expérience sur cette ligne et vous l'aurez peut-être davantage étudiée que votre adversaire. Vous pouvez savoir si ce facteur vous est favorable en utilisant l'outil statistique de chessbase et de certaines bases en ligne.

Le goût pour une ouverture reste toutefois le critère le plus important !