Répertoire pour joueurs débutants

Il y a déjà des cours qui présentent les ouvertures sur ce site mais j'ai décidé d'écrire un cours spécialement pour les débutants qui seraient un peu perdu face à ce vaste choix.

J'ai sélectionné pour vous des ouvertures qui me semblent particulièrement adaptées aux parfaits débutants que vous êtes censés être et je vous explique en suite tout ce que vous avez besoin de savoir sur ces ouvertures pour ne pas être mis en difficulté dès l'ouverture. J'ai ajouté des parties de grands joueurs qui ont commencé avec les ouvertures que je vous recommande. Vous ne devez bien sûr pas apprendre ces parties par coeur mais les regarder et les comprendre vous aidera à bien jouer l'ouverture et vous donnera des idées pour la suite de la partie.

Pourquoi avoir choisi telle ou telle ouverture ?

Pour ce qui est du choix des ouvertures, j'ai pensé qu'une ouverture adaptée pour les débutants doit avoir plusieurs caractéristiques. Tout d'abord, elle se doit d'être simple car la plupart des débutants ne survivraient pas à des complications qui surviendraient dès l'ouverture. Voila pourquoi la plupart des ouvertures proposées mènent à des simplifications assez rapides. De plus, il serait contre-productif pour un débutant de passer du temps à étudier les débuts alors qu'il y a tant d'autres choses plus importantes à faire. Les ouvertures que j'ai choisi ne nécessitent donc pas beaucoup de connaissances pour atteindre un milieu de jeu jouable.

Le principal inconvénient est qu'elles mènent souvent à des positions assez symétriques. Si cela peut géner les joueurs un peu plus forts qui préfèrent construire leurs parties à partir de bases un peu plus complexes et intéressantes stratégiquement, je pense que ce n'est pas trop de nature à gêner les débutants. En effet, dans une partie entre deux débutants, des imprécisions, voire des erreurs, arrivent en général assez vite et la symétrie est ainsi rompue.

Maintenant, si vous le voulez bien, passons au vif du sujet.

Vous avez les blancs

Avec les blancs je vous propose 1.e4 comme premier coup. Ce coup est un bon coup de développement qui permet de contrôler le centre tout en laissant la porte ouverte au fou f1 et donc indirectement il accélère le petit roque.

Examinons maintenant les différentes réponses possibles de votre adversaire.

Votre adversaire vous joue e5 : l'écossaise

La plupart des joueurs débutants que vous aurez en face de vous répondront 1...e5 à 1.e4. Je vous propose de poursuivre par le coup classique 2.Cf3.

Ce coup permet de développer le cavalier vers le centre et attaque le pion e5. Il contribue aussi à permettre le petit roque. A ce coup, les noirs répondent en général par Cc6 qui développe une pièce tout en défendant le pion e5.

C'est là que je vous propose de jouer l'écossaise qui consiste à avancer le pion en d4 :

Le but de ce coup est simple : d'une part, il contribue au développement en permettant au fou c1 de se développer. En plus, il mène à la suppression du pion e5 ce qui affaiblit le contrôle des noirs au centre et vous donne un avantage d'espace. Les noirs ont maintenant intérêt à prendre du pion. Voici deux variantes qui vous montrent ce qui arrive si les noirs tentent autre chose :

Après que les blancs aient repris leur pion, on arrive à la position suivante qui est la position de base de l'écossaise. Les blancs ont un jeu aéré, avec un bon contrôle du centre et un avantage d'espace. Voici une partie commentée qui donne un exemple de suite.

Il y a tout de même un piège important à connaitre. Il arrive lorsque les noirs jouent 4...Fc5. Après 5.Cxc6 (pour affaiblir la structure des noirs), 5...Df6, on se retrouve dans la position suivante :

Le piège classique consiste à vouloir retirer son cavalier et à se prendre le mat du berger avec Dxf2. Les blancs doivent en fait laisser leur cavalier en prise et défendre la case f2. Voici une continuation possible :

Votre adversaire vous joue e5, alternatives à 2...Cc6

Avant de passer aux alternatives à e5, regardons les alternatives à Cc6. Les alternatives sérieuses sont au nombre de 2.

La première se nomme la défense Philidor, elle consiste à défendre le pion e5 avec le pion d au lieu de le faire avec le cavalier. Vous pouvez alors poursuivre par d4 dans l'esprit de l'écossaise.

La deuxième se nomme la défense Russe, elle consiste à ne pas défendre le pion e5 mais à contre-attaquer sur le pion e4 comme ceci :

Ici, je vous recommande de prendre le pion e5. Les noirs doivent alors éviter le gros piège qui consiste à reprendre immédiatement le pion. Voici ce qui peut leur arriver dans ce cas :

Souvenez-vous de cette erreur car elle vous servira quand nous nous placerons du côté des noirs ! Voici au contraire comment doivent jouer les noirs :

Votre adversaire vous joue c5 : l'Alapine

En réponse à e4, c5 est le deuxième coup le plus populaire (et même le coup le plus populaire à haut niveau). Ce coup se nomme la défense sicilienne.

c5 semble ne pas respecter les principes de base de l'ouverture (il n'occupe pas le centre et ne permet pas le développement d'une pièce). Pour comprendre l'idée profonde de ce coup, regardons ce qui arrive si les blancs essaient de jouer une sorte d'écossaise sur c5 :

En fait, la variante ci-dessus n'est pas mauvaise pour les blancs (c'est même la variante principale), mais elle est très complexe alors je vous déconseille de la jouer. Je vous propose une variante beaucoup plus simple appelée l'Alapine (du nom de son inventeur). L'idée de cette ouverture est simple : en jouant la sicilienne, les noirs veulent échanger le pion central d des blancs contre leur pion c de l'aile pour avoir une majorité au centre ? Et bien défendons le pion d par le pion c pour court-circuiter leur idée ! C'est pour cela que l'on joue c3.

Avec ce coup, les blancs préparent l'obtention de la suprématie au centre avec d4. Voyons ce qui se passe si les noirs réagissent mollement :

Les noirs ont deux manières de réagir plus activement. La première manière est de jouer d5. Voici une partie qui montre comment doivent réagir les blancs :

L'alternative principale à d5 est Cf6 : les noirs profitent de l'occupation de la case c3 pour attaquer le pion e4. Voici une suite possible pour les blancs :

Vous avez pu observer que cette variante mène souvent à la structure de pion suivante où les blancs ont un pion isolé en d4.

Si ce pion peut s'avérer être une faiblesse, il confère aux blancs un avantage d'espace et un jeu libre.

Votre adversaire joue e6 : la variante d'échange

e6 est la troisième réponse la plus populaire face à e4. Ce coup se nomme la défense française, il vise à installer un pion en d5.

Comme votre adversaire vous laisse installer un duo de pions centraux, le mieux est de continuer par d4, ce à quoi les noirs répondent généralement par d5. On se retrouve alors dans la position suivante :

Ici, la tentation est grande d'avancer le pion e4 en e5 pour obtenir un grand avantage d'espace et bloquer les pièces adverses, mais ensuite les noirs peuvent jouer c5 pour attaquer le pion d4 qui soutient le pion e5 et la partie devient vite très compliquée sur le plan stratégique. Pour simplifier, je vous conseille d'échanger les pions. Voici un exemple de partie qui succède à ce début.

Votre adversaire joue c6 : l'attaque Panov

La dernière possibilité que nous envisageons ici est la Caro-Kann. Elle consiste à jouer 1...c6.

Ce coup a un peu la même idée que la française : installer un pion en d5 mais avec des avantages (par exemple celui de ne pas bloquer le fou c8) et aussi des inconvénients (le développement est plus lent qu'après 1...e6). De la même manière, je vous propose d'occuper le centre puis d'échanger les pions centraux, ce qui nous amène à la position suivante :

Ici je vous propose de jouer le coup c4 qui se nomme l'attaque Panov.

Le but de ce coup est de faire sauter le pion central des noirs. Dans beaucoup de parties, les blancs vont se retrouver avec un pion isolé en d4 comme dans l'Alapine (rappelez-vous), avec les mêmes avantages (un jeu libre) et les mêmes inconvénients.

Voici une partie qui illustre cette attaque :

Votre adversaire vous joue une autre défense

Faisons un petit tour d'horizon des défenses que nous n'avons pas abordées.

Mentionnons rapidement la défense scandinave : 1...d5. Ici les blancs peuvent simplement prendre puis gagner du temps sur la dame comme ceci :

Enfin, toutes les autres possibilités noires laissent la possibilité aux blancs d'occuper le centre. Dans ce cas là, je vous conseille d'accepter ce cadeau mais sans faire d'excès. Il ne s'agit pas de négliger le développement de ses pièces sous peine de subir une violente contre-attaque.

Voici un exemple de manière de jouer contre de telles ouvertures :

Vous avez les noirs

On vous joue e4 : la défense Russe

Comme vous l'avez sans doute deviné si vous avez lu le haut de cette page, je vous recommande la russe contre 1.e4. Revoyons rapidement en quoi elle consiste :

Ici, le coup principal des blancs consiste à prendre le pion e5 comme je vous ai recommandé si vous avez les blancs. Il ne faut alors surtout pas oublier de chasser le cavalier adverse par d6 avant de reprendre en e4 (nous l'avons vu plus haut). Voici donc la position à laquelle on aboutit généralement :

Ici le coup principal des blancs consiste à jouer d4 pour occuper le centre et se développer. Mentionnons aussi De2 qui attaque et cloue le cavalier e4. Sur ce coup les noirs ne doivent pas défendre leur cavalier cloué par d5 car les blancs le gagneraient par d3 profitant du clouage. Ils doivent le défendre tout en le déclouant par De7.

Voici une partie qui illustre la suite d4 :

Lorsque le cavalier blanc est attaqué par d6, les blancs ont une alternative qui peut se révéler très embêtantes si vous n'y êtes pas préparé. J'ai nommé : le gambit Cochrane.

Voici en guise d'amuse bouche ce qui peut se passer si vous vous défendez avec trop de légèreté.

Voyons maintenant deux exemples de défenses contre ce gambit :

Enfin, les blancs ont des alternatives à la prise en e5. Cc3 transpose dans une partie des quatre cavaliers après Cc6. Une autre consiste à avancer le pion d comme dans une écossaise. Voici les coups que je vous propose sur ces possibilités :

On vous joue le gambit du Roi : le gambit refusé

Après 1. e4 e5, il existe une alternative majeure à Cf3 qui est le gambit Roi : 2. f4.

Le but de ce coup est de sacrifier au moins provisoirement un pion pour obtenir l'avantage au centre et ouvrir la colonne f. La suite la plus ambitieuse consiste à accepter le gambit par exf4 mais elle peut mener à des complications qui frôlent parfois la barbarie ! Voila pourquoi je vous recommande de simplement refuser le gambit comme ceci :

On vous joue d4 : la défense slave

Passons à l'alternative majeure à 1.e4, c'est-à-dire 1.d4.

Je vous recommande alors le classique d5.

Dans cette position, le coup principal des blancs consiste à jouer 2.c4, le gambit dame.

Le but de ce coup est similaire à celui du gambit du Roi : sacrifier un pion pour obtenir l'avantage au centre. Il arrive que les blancs ne jouent pas c4 à ce coup là mais ils finissent souvent par le jouer plus tard. Je vous conseille alors de poursuivre votre développement comme si de rien n'était en prenant garde à ne pas bloquer le pion c (c'est-à-dire à ne pas jouer Cc6 tant que ce pion est en c7). Sur c4, je vous recommande de protéger votre pion en jouant c6. Cette ouverture se nomme la défense slave et va donc bien avec la défense russe.

L'objectif de ce coup est simple : défendre le pion d5 avec un pion qui ne bloque pas le fou c8 et qui permet de reprendre en d5 avec un pion de l'aile. Voici une partie qui illustre cette ouverture :

On vous joue c4 : la défense mirroir

La troisième possibilité blanche la plus populaire au premier coup est l'angloise (oui messire). Elle consiste à jouer 1.c4 avec un peu le mêmes idées que la défense sicilienne.

Ici les noirs ont la possibilité de copier le dispositif des blancs pendant parfois un bon bout de temps. Voici une illustration :

Autres premiers coups blancs

Je ne peux bien sûr pas faire la liste de tous les coups blancs possibles. Contre la plupart de ces coups marginaux, je vous recommande de jouer des coups de développements naturels, conformes aux principes de l'ouverture.

Bilan

Je pense vous en avoir montré assez pour que vous puissiez éviter d'avoir de gros ennuis dès les premiers coups et que vous puissiez atteindre sans trop de soucis un milieu de jeu jouable.

Cependant, vu le peu de variantes que l'on a vu, il est très probable que vous vous retrouviez assez rapidement en terrain inconnu. Dans ce cas là ce sera à vous d'être créatif. Je vous suggère de toujours garder en tête les trois principes de l'ouverture : l'occupation où le contrôle du centre, le développement rapide des pièces et la mise en sécurité du Roi. Cela ne veut pas dire que vous devez appliquer ces principes de façon mécanique sans tenir compte des coups de votre adversaire, cela veut dire qu'à chaque fois que vous jouer un coup, vous devez vous demander s'il respecte ces principes. Si tel n'est pas le cas, il faut que vous ayez une très bonne raison de le faire. Par exemple, ralentir considérablement son développement juste pour gagner un pion est en général une mauvaise idée.

Lorsque vous êtes perdu dans l'ouverture, je vous suggère de vous poser les questions suivantes :

  1. Le dernier coup de mon adversaire exerce-t-il une menace directe ? Si oui, comment la parer ou bien passer outre ?
  2. Le dernier coup de mon adversaire est-il une gaffe qui me permet d'obtenir immédiatement l'avantage ? Mon adversaire me tend-il un piège ?
  3. Quel est l'objectif stratégique du dernier coup de mon adversaire ? Pourquoi place-t-il ces pièces là et pas ailleurs ? Quel dispositif cherche-t-il à construire ?
  4. Quel dispositif pourrais-je construire avec mes pièces pour lutter efficacement contre le dispositif adverse, en prévision du milieu de jeu qui va suivre ? Ce dispositif doit tenir compte des caractéristiques de la position (structure de pions, colonnes ouvertes...) et nécessite que vous cherchiez un plan à long terme.
  5. Une fois que j'ai un plan général, quel coup particulier permet d'avancer dans cet objectif ?
  6. Ce coup est-il une gaffe qui permet à mon adversaire de faire une combinaison gagnante ?
  7. Ce coup viole-t-il un des principes de l'ouverture ? Si c'est le cas, y a-t-il une raison vraiment bonne de le faire ?

Enfin, voici un récapitulatif en format PDF de toutes les lignes que l'on a vu. Vous pouvez l'imprimer et revoir ces lignes sans connexion ni ordinateur. Ces documents sont en notation encyclopédique ; si cela vous semble du chinois au premier abord, jetez un coup d'oeuil ici.