Eléments stratégiques sur les pions

« Les pions sont l'âme du jeu d'échecs. »
— Philidor

Dans les trois chapitres qui viennent, nous allons voir des éléments du jeu qui interviennent dans la réflexion stratégique. Dans ce cours nous ne faisons que les passer en revue. Dans les cours suivants nous les étudierons en profondeur : nous verrons par exemple comment tirer partie de tel avantage, ou comment attaquer tel type de faiblesse... Ceci étant dit, revenons à nos moutons, ou plutot à nos pions car c'est bien de ceux-ci dont il s'agit.

Le pion a l'air d'être une créature faible et insignifiante mais pourtant comme l'a dit Philidor, les pions ont un rôle stratégique de premier plan. Cela est du à au moins deux raisons. La première est que dans une partie entre bons joueurs, il est rare d'arriver à prendre une pièce entière à l'adversaire. La différence se fait alors sur un pion, ou même sur la disposition des pions qui permettent de faire promotion en finale.

La deuxième est que les pions sont assez peu mobiles, et leur disposition évolue lentement dans une partie. Il en découle la mise en garde suivante : soyez particulièrement prudent avant de déplacer un pion. En effet un pion ne peut pas reculer. Ainsi si vous vous créez une faiblesse de pions, vous risquez de la conserver pendant un moment.

Voyons maintenant le pion sous son aspect stratégique.

Les forces de pions

Pour la plupart, nous les avons déjà évoquées lors de l'étude des finales de pions.

Les pions passés

Ce sont des pions qui ne peuvent pas être arrêtés par d'autres pions adverses dans la course à la promotion. Voici un exemple :

L'intérêt d'un tel pion est que l'adversaire est obligé de mobiliser des pièces pour l'arrêter. Ces pièces perdent alors en liberté d'action. Il existe des circonstances aggravantes au pion passé.

Le pion passé protégé

C'est un pion passé qui est protégé par un autre pion.

L'avantage d'un tel pion est qu'il n'a même pas besoin d'être défendu par des pièces.

Les pions passés liés

Ce sont un duo de pions passés côte-à-côte qui peuvent s'entraider pour aller au bout. Leur force peut-être illustrée par la position ci-dessous. Dans cette position, les noirs au trait ne peuvent pas empêcher les pions blancs d'aller à Dame.

Le pion passé éloigné

C'est un pion passé qui est éloigné de la zone d'action principale (et notamment du Roi ennemi), ce qui permet de faire diversion.

Les majorités de pions

C'est une zone de l'échiquier où vous avez plus de pions que votre adversaire de telle sorte que vous puissiez vous créer un pion passé sans l'intervention d'autres pièces.

Leur avantage est qu'elles peuvent produire un pion passé.

Les faiblesses de pion

Les pions peuvent être des points forts mais peuvent aussi être des points vulnérables. Voyons les structures de pions les plus fragiles.

Les pions isolés

Ce sont des pions qui n'ont pas de pions amis sur les colonnes adjacentes. Exemple :

Un pion isolé ne peut pas être défendu par un congénère, il doit donc être défendu par des pièces. Si on n'arrive pas forcément à prendre le pion adverse, l'adversaire doit du moins river des pièces à la défense de ce pion.

Un autre désavantage d'un pion isolé est que si on place une pièce juste devant un pion isolé adverse, celui-ci ne peut pas la déloger en la chassant avec un pion. Ainsi un pion isolé adverse est facilement blocable et est source d'avant-postes pour ses pièces.

Les pions arriérés

Ce sont des pions qui ne sont pas isolés mais qui ne peuvent pas être protégés par un congénère.

Ils ont à peu près les mêmes inconvénients que les pions isolés.

Les pions doublés

C'est un doublet de pions sur une même colonne. Outre le fait qu'un des deux pions est alors souvent une faiblesse, ils sont souvent désavantageux pour l'obtention d'une majorité.

Les pions doublés isolés sont bien sûr particulièrement vulnérables.

Les îlots de pions

Un îlot de pion est un groupe de pion séparé des autres pions par au moins une colonne vide de pions. Exemple :

On dit souvent que moins une structure de pion comporte d'îlots, plus cette structure est saine.

Les pions comme ligne de défense

Les pions ne sont pas qu'un capital que l'on accumule au cours de la partie dans l'espoir de le faire fructifier en finale. Ils jouent un rôle tout au long de la partie.

Un de leur rôle le plus important est qu'ils font souvent office de barricade, notamment pour le Roi après le roque. C'est un enjeu majeur de réussir à faire en sorte qu'elle reste solide, notamment en évitant d'avancer les pions ou de se les faire doubler.

Il faut en général y réfléchir à deux fois avant d'avancer un pion de l'aile, a fortiori si c'est un pion du roque.

Les pions comme moyen d'occupation de l'espace

Avancer ses pions permet de chasser les pièces adverses (surtout les cavaliers), et d'empêcher l'adversaire de faire de même. Ainsi plus ses pions sont avancés plus on contrôle d'espace.

Ci-dessus les blancs ont davantage d'espace.

Il ne s'agit bien sûr pas d'exagérer car un pion loin de sa base est plus difficile à défendre... et ne contrôle plus les rangées qu'il a dépassées. Il faut donc bien maîtriser l'espace qu'il y a derrière ses pions avant de les avancer.

Les pions comme relief du champ de bataille

C'est cet aspect stratégique des pions qui donne tout son sens à la maxime de Philidor. Comme les pions sont peu mobiles, la structure de pion est souvent fixe à l'échelle de quelques coups. Elle se comporte alors comme le relief d'un champ de bataille et définit la nature du combat qui va suivre.

La structure de pion ci-dessus ressemble un peu à une plaine. Dans cette position très ouverte, les pièces de chaque camp risquent d'être vite très actives et un engagement violent risque de se produire rapidement avec beaucoup d'échanges en perspective.

Au contraire la structure ci-dessus est beaucoup plus "montagneuse". Le centre est bloqué et les pièces de chaque camp ne vont pas rentrer rapidement en contact.

On peut aussi noter que les blancs ont le champ plus dégagé à l'aile Roi alors que les noirs ont le champ plus dégagé à l'aile dame. C'est ainsi que les blancs vont plutot avoir tendance à développer une attaque à l'aile Roi alors que les noirs vont se concentrer sur l'aile dame.

Enfin chaque camp peut avoir intérêt à miner la chaîne de pions adverse. Cela peut se faire soit à la base de la chaîne (en jouant ç5 pour attaquer le pion d4 pour les noirs et en jouant f5 pour attaquer le pion e6 pour les blancs), soit à la pointe (en jouant f6 pour les noirs et ç4 pour les blancs). Le jeu de chaînes de pions est un autre aspect du combat pour la structure.

EXERCICES